Vous ouvrez votre tableau électrique et vous voyez deux rangées de disjoncteurs, un ou deux interrupteurs différentiels en tête, mais aucune certitude sur leur type. Est-ce un type A ? Un type AC ? Et surtout, sont-ils au bon endroit pour que l’installation passe un contrôle ?
En rénovation, la réponse dépend directement des circuits raccordés en aval de chaque différentiel. La norme NF C 15-100 ne laisse pas le choix : chaque interrupteur différentiel 30 mA protège un groupe de circuits précis, et le type A couvre des risques que le type AC ne détecte pas.
Courant pulsé et courant sinusoïdal : ce que chaque différentiel surveille
Avant de parler de placement dans le tableau, il faut comprendre pourquoi deux types coexistent. Un appareil comme une ampoule ou un radiateur à résistance produit, en cas de défaut, une fuite de courant sinusoïdale, une courbe régulière et symétrique. Le différentiel de type AC détecte uniquement ce type de fuite.
Un lave-linge, une plaque à induction ou une borne de recharge pour véhicule électrique fonctionnent avec de l’électronique de puissance. Ces appareils redressent le courant. En cas de défaut, la fuite n’est plus sinusoïdale : elle devient pulsée, parfois avec une composante continue.
Le différentiel de type A détecte les fuites sinusoïdales et les fuites pulsées. Il couvre donc un spectre plus large. Placer un type AC sur un circuit qui génère des courants pulsés, c’est rendre la protection aveugle au défaut le plus probable.
![]()
Circuits sous différentiel type A : ce qu’impose la NF C 15-100
La norme est claire sur les circuits qui doivent obligatoirement être raccordés sous un interrupteur différentiel 30 mA de type A. Avec l’amendement 5 et la version publiée fin août 2024, la liste s’est durcie.
- Le circuit des plaques de cuisson ou de la cuisinière, car l’électronique de puissance des plaques à induction génère des courants pulsés en cas de défaut d’isolement.
- Le circuit du lave-linge, dont le moteur à variateur de vitesse produit le même type de fuite.
- Le circuit du lave-vaisselle, ajouté explicitement par l’amendement 5.
- Le circuit dédié à une borne IRVE monophasée pour la recharge d’un véhicule électrique, avec une contrainte supplémentaire : la détection du courant continu résiduel (6 mA DC), assurée soit par la borne elle-même, soit par un dispositif ajouté en amont.
Tous les autres circuits classiques (éclairage, prises standard, chauffage résistif, VMC sans variateur) peuvent rester sous un différentiel de type AC.
Pourquoi le circuit IRVE change la donne en rénovation
L’installation d’une borne de recharge modifie la stratégie globale du tableau. Ce circuit réclame un différentiel type A (ou type F) dédié, dimensionné en conséquence. Les articles généralistes se limitent souvent aux circuits lave-linge et plaques, mais la borne IRVE est désormais une contrainte structurante quand on rénove un tableau.
Si votre tableau existant ne dispose que d’un seul différentiel type A déjà chargé en circuits, l’ajout d’une borne impose soit un second type A, soit une réorganisation complète des rangées.
Répartition concrète des rangées dans un tableau rénové
Le placement physique des différentiels suit une logique simple : chaque interrupteur différentiel protège une rangée (ou un groupe de circuits) et se positionne en tête de cette rangée, à gauche du rail DIN. Les disjoncteurs divisionnaires se placent à sa droite.
Vous avez déjà remarqué que certains tableaux ont un seul différentiel pour toute l’installation ? C’est un montage courant dans les logements anciens, mais il pose deux problèmes. Le premier : si ce différentiel est un type AC, les circuits plaques et lave-linge ne sont pas protégés correctement. Le second : trop de circuits sous un seul différentiel provoquent des déclenchements intempestifs, car les micro-fuites de chaque appareil s’additionnent.
Schéma type pour un logement standard
Pour un logement de taille moyenne, la répartition recommandée ressemble à ceci :
| Rangée | Différentiel en tête | Circuits protégés |
|---|---|---|
| Rangée 1 | Type A – 40 A / 30 mA | Plaques, lave-linge, lave-vaisselle, prises cuisine |
| Rangée 2 | Type AC – 40 A / 30 mA | Éclairage, prises salon/chambres, VMC |
| Rangée 3 | Type AC – 40 A / 30 mA | Chauffage, prises complémentaires, sèche-serviettes |
| Rangée 4 (si IRVE) | Type A – 40 A / 30 mA | Borne de recharge véhicule électrique |
Ce schéma respecte la règle fondamentale : chaque circuit sensible aux courants pulsés est sous type A. Les circuits résistifs et d’éclairage restent sous type AC, ce qui limite le coût sans sacrifier la conformité.
![]()
Erreurs fréquentes sur le placement des différentiels en rénovation
Les contrôles réalisés ces dernières années révèlent une hausse des non-conformités liées aux différentiels. Trois erreurs reviennent régulièrement.
La première : un différentiel type AC protège un circuit qui devrait être sous type A. Le lave-linge branché sous le mauvais différentiel reste le cas le plus courant. L’installation fonctionne au quotidien, mais la protection ne se déclenchera pas correctement en cas de fuite pulsée.
La deuxième : tous les circuits regroupés sous un seul interrupteur différentiel. Même si le type est correct, le cumul des fuites résiduelles normales de chaque appareil peut atteindre le seuil de déclenchement. Résultat : le différentiel saute sans raison apparente.
La troisième : des circuits oubliés, non protégés par un dispositif 30 mA. Les prises de cave ou de grenier doivent aussi être sous différentiel 30 mA, sans exception. Depuis la version 2024 de la NF C 15-100, les organismes de contrôle vérifient systématiquement ce point.
Différentiel type A et AC dans un tableau rénové : les repères à retenir
Le type A n’est pas un « meilleur » différentiel que le type AC. Il détecte un spectre de défauts plus large, ce qui le rend obligatoire sur les circuits alimentant de l’électronique de puissance. Le type AC reste parfaitement adapté aux circuits classiques.
Lors d’une rénovation, la démarche la plus fiable consiste à lister chaque circuit, identifier ceux qui exigent un type A, puis organiser les rangées du tableau en fonction. Prévoir une réserve de modules libres sur chaque rangée permet d’ajouter un circuit sans tout réorganiser. La norme impose d’ailleurs cette réserve.
Un dernier point souvent négligé : si votre tableau rénové doit accueillir une borne IRVE dans les mois qui suivent, intégrez dès maintenant le différentiel type A dédié et le câblage correspondant. Ajouter cette protection après coup coûte plus cher et complique le passage en conformité.